MEDCAN prend position : Le point de vue des patients sur la nouvelle Loi sur les produits du cannabis
Réponse de MEDCAN à la consultation sur la Loi sur les produits du cannabis (Loi sur les produits du cannabis)
Nous avons soumis notre réponse avant la date limite du 1er décembre et avons exposé les principales préoccupations du point de vue du patient. Nous insistons sur une distinction claire entre usage thérapeutique et Usage Récréatif , ainsi que sur la garantie de la sécurité d'approvisionnement.
Légalisation du cannabis à des fins non médicales
Le point de vue du patient
En tant que patients utilisant du cannabis à des fins médicales, nous tenons à préciser que nous sommes globalement satisfaits de la réglementation médicale et des modifications apportées à la Loi sur les stupéfiants depuis le 1er août 2022. Le système médical fonctionne, de plus en plus de personnes reçoivent une ordonnance et le nombre de professionnels de la santé qui le soutiennent augmente régulièrement.
Le principal obstacle qui subsiste est l'absence de remboursement par les compagnies d'assurance maladie. De nombreuses personnes doivent encore payer intégralement de leur poche. Cela contraint les personnes concernées à se tourner vers la culture à domicile ou des produits non médicaux pour des raisons financières.
Dans ce contexte, nous considérons notre réponse à la consultation non pas comme un recueil de demandes, mais comme un commentaire constructif du point de vue du patient, dont le but est de protéger et d’assurer les soins médicaux à long terme, y compris dans le cadre de la réglementation de l’ Usage Récréatif.
Nous tenons à souligner que nous soutenons l'approche médicale actuelle et que nous entendons continuer à y adhérer à l'avenir.
1. Principes de base de MEDCAN
MEDCAN, en tant qu'association de patients, défend explicitement les intérêts des personnes qui utilisent le cannabis à des fins médicales. Nous sommes favorables à la réglementation du cannabis à des fins non médicales, dans un souci de réduction des méfaits et d'une approche réaliste et fondée sur des données probantes quant à la réalité sociale de sa consommation.
Un marché réglementé renforce la protection des jeunes et des consommateurs, soutient la prévention et contribue à la réduction durable du marché noir.
Du point de vue du patient, une distinction claire entre usage médical et Usage Récréatif est essentielle. Mélanger les deux compromet la sécurité d'approvisionnement, accroît la stigmatisation des patients et nuit à l'acceptation sociale des traitements à base de cannabis médical.
Commentaire du point de vue du patient
: Il est important de noter que l'application médicale et Usage Récréatif sont considérés comme deux systèmes distincts.
2. Les applications médicales doivent rester clairement séparées.
L'usage médical du cannabis est une thérapie supervisée médicalement et se distingue nettement de Usage Récréatif . Les patients reçoivent des médicaments à base de cannabis dosés avec précision et testés, adaptés à leur pathologie et à leurs besoins individuels. La thérapie repose sur des doses fixes, des produits appropriés et un suivi médical.
Les produits de loisirs ne conviennent pas à cet usage. Les traitements médicaux nécessitent des associations spécifiques de principes actifs, des instructions précises et une étroite collaboration entre médecins et pharmaciens. Les produits de loisirs ne répondent pas à ces exigences.
Pour les patients, le cannabis n'est pas une drogue récréative, mais un médicament important qui favorise le sommeil, soulage la douleur, stimule l'appétit et permet de participer pleinement à la vie sociale.
Commentaire du point de vue d'un patient :
L'accès aux soins médicaux doit être protégé des effets de la réglementation des loisirs.
- Pas de durcissement des exigences relatives aux ordonnances médicales
- Aucun obstacle administratif découlant indirectement des règles relatives aux loisirs
- Le domaine médical est une forme de thérapie – et non un produit de consommation.
3. Les limites de THC ne doivent pas renforcer le marché noir.
MEDCAN considère que des limites strictes de THC sur le futur marché récréatif poseraient problème. Si les produits à forte teneur en THC sont exclus du marché légal, une partie de la demande risque de subsister sur le marché noir, ce qui compromet les objectifs préventifs de la loi. La réglementation proposée de la teneur en THC par le biais d'une taxe réglementaire raisonnable est fondamentalement saine, mais sa mise en œuvre doit être réaliste.
Commentaire d'un patient :
Une gamme de produits réaliste sur le marché légal des loisirs est nécessaire pour remplacer efficacement le marché noir.
4. La culture à domicile comme mécanisme de protection des patients
Pour de nombreux patients, cultiver leurs propres aliments représente un pilier essentiel de soins médicaux abordables et adaptés à leurs besoins. MEDCAN juge insuffisante la limite proposée de trois plants.
MEDCAN soutient que les patients ne devraient pas, en principe, être contraints de cultiver eux-mêmes leurs médicaments. Toutefois, tant qu'un approvisionnement universel, abordable et fiable ne sera pas garanti, la culture à domicile demeurera une nécessité médicale et pratique pour beaucoup.
Pour les populations rurales notamment, cultiver ses propres aliments est souvent la forme d'autosuffisance la plus pragmatique et accessible. Cela concerne aussi bien les personnes qui cultivent quelques produits à petite échelle.
Cultiver des plantes dans son jardin pour préparer des tisanes ou d'autres infusions simples, par exemple, ne devrait plus être criminalisé. La réglementation doit aboutir à la dépénalisation claire de cette catégorie de patients.
Afin de garantir la sécurité d'approvisionnement et l'équité sociale, MEDCAN estime qu'une augmentation du nombre de plants autorisés est objectivement justifiée. Un ajustement à au moins cinq, idéalement jusqu'à dix plants par personne, paraît nécessaire et proportionné du point de vue du patient.
Commentaire du point de vue d'un patient :
Augmenter le nombre de plantes autorisées à au moins cinq, idéalement dix.
5. Réglementer la sécurité routière de manière scientifiquement rigoureuse.
MEDCAN soutient toutes les mesures visant à empêcher les personnes inaptes à la conduite de prendre le volant. En tant qu'association de patients, MEDCAN demande également une réglementation claire, juridiquement fondée et proportionnée pour les patients qui utilisent le cannabis dans le cadre d'un traitement médicalement supervisé.
Avec la réglementation du cannabis, il est à prévoir une augmentation des contrôles routiers. Il est donc d'autant plus important que les patients aptes à conduire ne soient pas systématiquement criminalisés, mais bénéficient plutôt d'un cadre juridique clair leur garantissant la sécurité au quotidien. Toute personne suivant un traitement stable et apte à conduire doit pouvoir circuler librement sur les routes sans craindre de sanctions arbitraires.
Une tolérance zéro absolue ne reflète pas la réalité médicale. L'évaluation de l'aptitude à la conduite doit, comme pour tout autre médicament, se fonder sur l'inaptitude réelle à conduire et l'état de santé du patient, et non uniquement sur la détection d'un principe actif.
Des réglementations imprécises ou excessivement restrictives engendrent de l'incertitude, la crainte des contrôles et des limitations inutiles à la mobilité des patients. Ceci nuit à leur qualité de vie, à leur autonomie et à leur accès aux soins. Par conséquent, une réglementation différenciée et fondée sur des données scientifiques solides est nécessaire, garantissant la sécurité routière tout en tenant pleinement compte des réalités des traitements médicaux.
Commentaire du point de vue d'un patient
- Aucune tolérance zéro
- Évaluation de l'aptitude à conduire en fonction de l'altération réelle du fonctionnement.
- Des directives claires et juridiquement solides pour les patients suivant un traitement stabilisé
- Les patients ne doivent pas faire l'objet de suspicions généralisées ni être criminalisés.
6. Remarques finales
La réglementation du cannabis à usage non médical constitue une étape réglementaire importante. Toutefois, elle ne sera durable et efficace que si elle ne compromet pas la prise en charge médicale des patients qui dépendent du cannabis comme agent thérapeutique.
La nouvelle réglementation ne doit pas compromettre l'accès actuel aux soins médicaux, ni directement ni indirectement. Pour de nombreux patients, le cannabis est un élément central de leur traitement et essentiel à une vie stable, à leur participation sociale et à leur capacité à faire face au quotidien.
Du point de vue d'un patient :
Les législateurs devraient reconnaître que la consommation de cannabis fait partie intégrante de la société et adapter leur réglementation en conséquence, en tenant compte des objectifs de santé et de prévention. L'objectif de la loi est de créer un marché transparent, contrôlé et responsable qui permette l'accès à des produits sûrs et de qualité, et favorise ainsi une réduction efficace des risques.
Au lieu de recourir à des mesures répressives pour endiguer les problèmes, il convient de privilégier l'éducation, la protection des consommateurs et des mesures efficaces de réduction des risques. Une réglementation moderne permettra de créer un environnement qui limite les modes de consommation problématiques, minimise les risques sanitaires et rend le marché non réglementé structurellement peu attractif.
Cordialement
Franziska Quadri,
présidente;
Simón Winistörfer,
vice-président