Table ronde sur Cannatrade
Chère communauté du cannabis
Cette année, lors du salon Cannatrade, j'ai eu l'opportunité de participer à une table ronde sur l'avenir du cannabis médical en Suisse. Avec Yvonn Scherrer, j'y ai défendu le point de vue des patients.
Lors du débat, Adrian Gschwend, représentant de l'Office fédéral de la santé publique (OFSP), a présenté un nouveau projet de loi. Ce texte, soumis à consultation publique fin juin, classerait le cannabis dans la catégorie des produits thérapeutiques, au même titre que les opiacés. Comme prévu, la production et la fabrication de ce médicament seraient ainsi soumises à une réglementation assez stricte. Il est certain que cela ne rendrait pas les futurs médicaments bon marché. Par ailleurs, les caisses d'assurance maladie ne seraient toujours pas tenues de les prendre en charge. La Suisse respecterait également les accords internationaux, comme l'a souligné à plusieurs reprises M. Gschwend de l'OFSP. Cette disposition ne laisse aucune marge de manœuvre pour des modifications du projet de loi. Cependant, l'autorisation spéciale serait supprimée et les médecins seraient seuls responsables de la prescription. Cette mesure est, en revanche, très positive.
Malgré ses inconvénients majeurs, une telle loi est urgente et conférerait aux patients la légitimité dont ils ont si désespérément besoin. Cependant, le risque est grand que seuls les plus aisés puissent se permettre les médicaments à base de cannabis, créant ainsi un système de santé à deux vitesses. Aujourd'hui déjà, le coût d'un traitement légal peut facilement atteindre plusieurs centaines de francs suisses par mois. De tels frais mensuels sont inabordables pour de nombreux malades. Ce problème est également souligné par Yvonn Scherrer.
Nous supposons qu'une nouvelle loi ne modifiera pas significativement la situation actuelle des patients consommant déjà du cannabis. Toutefois, pour les nouveaux patients, les choses seraient certainement beaucoup plus simples et les médecins disposeraient sans aucun doute d'une meilleure compréhension du sujet et de meilleures options pour le prescrire. Il est à espérer, et l'Office fédéral de la santé publique (OFSP) l'a promis lors des discussions, que les professionnels de santé bénéficieront d'une meilleure formation. Les personnes concernées ont un besoin urgent de soins médicaux.
Quel que soit l'avis que l'on porte sur la législation proposée, il est important de noter que les processus politiques prendront au moins quatre ans de plus. C'est une éternité pour les personnes concernées. Les procédures d'autorisation des futurs médicaments à base de cannabis seront également longues. La Suisse est encore loin d'offrir une solution aux populations touchées. Cependant, le cannabis gagne rapidement du terrain dans le monde entier. Nombreux sont ceux qui peuvent désormais l'utiliser à des fins thérapeutiques. Au moment de sa légalisation en Suisse, la loi sera déjà obsolète. Suivant de près l'actualité internationale, MEDCAN peut anticiper ce scénario ; nul besoin de boule de cristal. De plus, il serait regrettable que la Suisse rate des opportunités à l'échelle internationale. C'est pourquoi il est d'autant plus important que l' association continue de fournir des informations d'experts sur cette plante médicinale.
Franziska Quadri, présidente de MEDCAN